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Une opération exceptionnelle de suivi piscicole sur le Drac restauré à Laye (05)

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Le service Production et Valorisation des Connaissances de la Direction interrégionale Provence-Alpes-Côte d’Azur Corse (DIRPC) et le service départemental des Hautes-Alpes de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) ont organisé le 9 octobre 2017 sur la station du Drac à Laye au lieu-dit Brutinel, une opération de pêche complète à 4 anodes.

Elle a réuni des agents des services départementaux de l’Isère, des Alpes de Haute-Provence, des Bouches du Rhône, de Vaucluse, des Hautes-Alpes, de la direction régionale PACA-Corse, mais également des personnels de la CLEDA (syndicat gestionnaire du bassin versant du Drac amont) et de la brigade nautique de la gendarmerie de Gap, venus prêter main forte à l’agence française pour la biodiversité !

Organisée 3 ans après l’achèvement d’importants travaux de restauration du lit du Drac sur près de 4 km, cette nouvelle opération avait pour objectif de mettre en évidence l’évolution du peuplement piscicole sur cette station restaurée.

Quelques éléments de contexte :

Dès la fin du 19ème siècle, le Drac a été exploité pour sa ressource en matériaux, et aménagé pour contenir ses crues et utiliser son eau en tant que ressource. Malgré l’arrêt global des extractions dans les années 1970-80 (mais qui se sont poursuivies sur le Drac amont jusque dans les années 2000), l’apport en matériaux du bassin versant est devenu insuffisant pour compenser le creusement important du lit dans le substratum argileux, entrainant notamment des déstabilisations de digues ou d’ouvrages d’art. C’est pourquoi la CLEDA (Communauté Locale de l’Eau du Drac Amont) a entrepris de restaurer près de 4 km de cours d’eau par recharge sédimentaire. Cette ambitieuse opération localisée autour de Saint-Bonnet-en-Champsaur (05) s’est achevée en 2014, avec l’injection au total de plus de 450 000 m3 de matériaux dans le lit du Drac et la création de deux passes à poissons en enrochements pour assurer la continuité piscicole au niveau des seuils de stabilisation du lit.

Le lit du Drac au niveau de la STEP de Laye en 2011 avant travaux et en juin 2014 à la fin des travaux.jpg
Le lit du Drac au niveau de la STEP de Laye en 2011 avant travaux et en juin 2014 à la fin des travaux  © CLEDA

Afin d’enrichir le retour d’expérience et progresser dans la compréhension des facteurs d’échec et de réussite d’une opération de restauration, un suivi de différents paramètres environnementaux est nécessaire. 

Dans le cadre de cette opération ambitieuse, un suivi important a été mis en œuvre, impliquant notamment l’Agence de l’Eau RM&C, la CLEDA, le CD05, l’agence française pour la biodiversité, et des partenaires scientifiques et techniques. A ce titre, et entre autres actions de suivi, deux stations ont été initialement identifiées pour suivre l’évolution du peuplement piscicole sur le tronçon restauré (une station témoin à l’amont de la zone restaurée, et une station impactée par les travaux sur la partie aval de la zone restaurée). En vue de compléter ce suivi, l’agence française pour la biodiversité (alors ONEMA) s’est proposée d’une part de procéder à un comptage des zones de frayères à truites dès la fin des travaux, et d’autre part d’ajouter une station de suivi complémentaire du peuplement piscicole, approximativement au milieu du tronçon restauré, au lieu-dit Brutinel. 

Le suivi piscicole sur la station de Brutinel :

La première opération réalisée sur cette station a eu lieu avant le démarrage des travaux, le 22 août 2013. Le cours d’eau présentait alors un chenal unique d’une largeur de 15 à 20 mètres, avec une profondeur moyenne de l’ordre de 30 centimètres.
Les résultats de cet échantillonnage piscicole par pêche complète à 4 anodes ont montré la présence de 2 espèces, la truite et le chabot, avec des densités relativement faibles (de l’ordre de 600 individus et 30 kg par hectare pour la truite, et 2400 individus par hectare pour le chabot). Ces résultats venaient donc confirmer le fonctionnement perturbé de ce tronçon du Drac, avec des conséquences visibles sur sa biocénose.
En 2017, 3 ans après l’achèvement des travaux, l’agence française pour la biodiversité a organisé une nouvelle opération en vue de mettre en évidence l’évolution du peuplement piscicole sur cette station restaurée.

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L’opération du 9 octobre 2017 sur la station du Drac à Brutinel :

Les premiers repérages effectués par le service départemental 05 sur ce tronçon du Drac avant l’opération indiquaient que le cours d’eau avait retrouvé un chenal en tresses (lits multiples), pour une largeur cumulée de plus de 20 mètres, mais avec des profondeurs relativement faibles (généralement inférieures à 30 cm). Le service PVC (Production et Valorisation des Connaissances) de la DIRPC a alors opté pour l’organisation d’une opération de pêche complète à 4 anodes, représentant le meilleur compromis entre la configuration de la station et les moyens disponibles.

Malgré des difficultés techniques engendrées par la présence de chenaux multiples (5 bras sur la station) et la densité de poissons qui ont conduit à modifier quelque peu le protocole opérationnel (réduction de la longueur pêchée), l'équipe de pêche a pu réaliser le travail d'inventaire prévu.  

4 espèces sont capturées : truite, chabot, vairon et blageon. Même si les données relatives à l’opération n’ont pas encore pu être analysées, il apparaît déjà que les structures de taille des différentes espèces capturées semblent équilibrées, et que les densités semblent bien plus importantes que ce qu’elles étaient avant restauration (plus de 2300 poissons capturés sur une station de 185 mètres de long !). Ce constat, ainsi que l’apparition du blageon dans les espèces capturées, sont des indicateurs très encourageants quant à la qualité de l’habitat et au regain de fonctionnalité écologique de ce tronçon restauré.

S’il est évidemment trop tôt pour conclure au succès de cette opération de restauration du lit du Drac (il faudra notamment laisser passer plusieurs crues morphogènes qui remodèleront le lit du cours d’eau pour l’amener à sa morphologie d’équilibre), on peut déjà constater que d’une part, le Drac a retrouvé un style fluvial en tresses, qui correspond mieux à son style d’équilibre, et que d’autre part, le peuplement piscicole au niveau de la station de suivi est beaucoup plus conforme qu’il ne l’était avant restauration.Par ailleurs, au-delà de l’aspect écologique, cette opération a été un succès sur le plan de la cohésion et du « travailler ensemble », en réunissant des agents de 6 services de l’agence française pour la biodiversité et des structures partenaires, favorisant les échanges autour d’un objectif commun, et permettant la découverte d’une activité pour les collègues de fonctions supports de la DIRPC et la brigade nautique de la gendarmerie de Gap venus tous apporter leur aide plus que précieuse pour cette opération.

Opération de pêche électrique sur le Drac restauré à Laye – 9 octobre 2017 – © AFBO.Maurens.jpg
Opération de pêche électrique sur le Drac restauré à Laye – 9 octobre 2017 – © Agence française pour la biodiversité / O.Maurens