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Etape 6 : Vesoul > Troyes

L’hôtel-restaurant des plus grands oiseaux d’Europe

L’étape du 6 juillet 2017 traverse trois sites Natura 2000 : Lacs de la Forêt d’Orient (FR2110001), Forêt d’Orient (FR2100305) et Forêts et clairières des Bas Bois (FR2100309), qui sont tous inclus dans les périmètres du Parc naturel régional de la Forêt d’Orient et des Étangs de la Champagne humide protégés par la convention de Ramsar de 1991.

Pause migratoire pour de nombreuses espèces

Les grands lacs du Parc naturel régional de la Forêt d’Orient s’étendent sur 5 000 hectares et offrent aux oiseaux migrateurs un havre de paix sur leurs longs allers-retours entre leurs sites d’hivernage et leurs sites d’estivage. Les lacs, prairies et étangs qui composent ce site leur fournissent le gîte et le couvert. Ces espaces accueillent également certains d’entre eux en période de reproduction. Tout au long de l’année, ce sont 267 espèces d’oiseaux qui ont été observées par les ornithologues locaux sur ces sites, dont 132 en migration.

Les aigles pêcheurs…

Parmi les nombreuses espèces qui profitent de l’hospitalité des grands lacs de Champagne, les Pygargues à queue blanche et les Balbuzards pêcheurs sont les aigles pêcheurs les plus spectaculaires.

> Le Balbuzard pêcheur est le seul rapace exclusivement pêcheur en Europe. Il pèse en moyenne 1,5 kilo et peut atteindre 180 cm d’envergure. Son régime alimentaire est quasi-exclusivement composé de poissons, qu’il pêche en eau douce ou dans la mer. Il est l’un des rares rapaces diurnes à avoir une serre extérieure réversible comme chez les chouettes et hiboux, ce qui signifie qu’il peut saisir ses proies avec deux serres devant et deux serres derrière (en forme de croix) et maintenir sa prise facilement sur des poissons glissants.

Ce rapace est reconnaissable au contraste prononcé entre sa poitrine blanche et son dos brun foncé, ainsi qu’au bandeau noir qu’il porte sur sa tête. De face, en raison de ses ailes coudées, il peut être confondu avec un goéland.

Le Balbuzard pêcheur est un grand migrateur. À l’automne, la population d’Europe du Nord part pour passer l’hiver en Afrique, entre le Sénégal et l’Éthiopie. Au retour du printemps, dès le mois de mars, les Balbuzards repartent pour le nord de l’Europe. Les partenaires de couples se retrouvent alors après avoir passé l’hiver en solitaires.

  • Retrouvez ici une carte du trajet migratoire d’un Balbuzard équipé d’une balise.

Lors de sa parade nuptiale, le balbuzard pêcheur opère une étrange danse. En effet, il s’élève dans les airs à plusieurs reprises, un poisson coincé entre ses serres, jusqu’à environ 300 mètres de hauteur. Puis, il lance des cris stridents en alternant vol stationnaire et vol ondulé.

Leur nid est construit en hauteur, sur des falaises, des arbres ou encore des pylônes électriques. Le balbuzard a besoin d’un support solide, pour soutenir le poids de son imposant nid qui mesure en moyenne 1 m de diamètre. Il le choisit assez haut pour disposer d’une large vue sur les alentours. Une fois son nid établi, le couple de balbuzards y reste fidèle chaque année.

> Le Pygargue à queue blanche est un rapace diurne. Il est un des plus grands rapaces européens : il peut mesurer jusqu’à 250 cm d’envergure. Son corps et ses ailes sont de couleur brune, et l’adulte est reconnaissable à sa queue entièrement blanche.

Le Pygargue à queue blanche est un rapace généraliste et opportuniste. Il se nourrit principalement de poissons, morts ou vivants, qu’il pêche en surface sans plonger, contrairement au Balbuzard pêcheur. Son menu est complété en grande partie par les oiseaux aquatiques (canards, foulques, etc.). Il chasse aussi des petits mammifères (rongeurs ou lapins) mais, en tant que charognard, peut se nourrir de mammifères plus gros.

Le Pygargue à queue blanche est un migrateur partiel. Certains oiseaux sont sédentaires tandis que d’autres ont tendance à hiverner plus au sud. En France, il est un migrateur, un hivernant rare et un nicheur très rare (un seul couple connu en France, plus précisément en Lorraine). En période d’hivernage, on le voit le plus souvent dans des régions d’étangs, notamment celles des grands lacs de Champagne.

Le Pygargue est fidèle à son territoire, où il revient à chaque printemps (pour les migrateurs). Sa parade nuptiale se danse en couple : les deux partenaires volent ensemble l’un après l’autre à une hauteur de 200 mètres. Le mâle cherche à dominer la femelle, qui se renverse sur le dos et montre ses serres. Le Pygargue à queue blanche construit son nid principalement sur des falaises dans les régions côtières, ou sur de grands arbres, dans une fourche ou contre le tronc. Ce nid est immense, comme celui du Balbuzard pêcheur : 1 m de hauteur pour 1 m de diamètre. Les plus vieux nids peuvent atteindre 3,7 m de haut pour près d’1 tonne. Ils sont réutilisés d’année en année, voire de génération en génération. Une durée de 150 ans a même été relevée en Islande !

…des espèces très fragiles !

Autrefois assez répandus, le Balbuzard pêcheur et le Pygargue à queue blanche ont subi une importante régression au cours du XIXème siècle (chasse et empoisonnement généralisé de tous les rapaces, utilisation d’agents toxiques), ce qui a mené à leur disparition dans plusieurs pays tels que la France, le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie. Ces espèces sont maintenant protégées et font l’objet de nombreux programmes de conservation dans plusieurs pays européens. 

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Ces efforts nous permettent de contempler à nouveau ces oiseaux magnifiques qui restent encore rares : les populations sont actuellement en lente et légère hausse en Europe et en France, mais elles restent très vulnérables.

Recommandations

Si vous découvrez un nid d’aigle pêcheur au hasard de vos promenades, respectez les petits qui s’y trouvent et éloignez-vous sans tarder. En effet, les œufs ne supportent pas la diminution de chaleur liée à l’absence de leurs parents et les oisillons ont besoin d’être nourris régulièrement et protégés des prédateurs.

Lorsqu’un adulte vous repère en rentrant au nid, il restera en retrait. S’il s’est envolé à votre approche, il ne reviendra pas. Il considère que vous êtes trop près de lui pour qu’il soit en sécurité et, par instinct de survie, il préférera sacrifier sa nichée.

Pour garantir la quiétude nécessaire à ces petites familles de géants des airs, les gestionnaires forestiers mettent en place des périmètres dans lesquels ils n’interviennent pas en période de nidification, jusqu’à plusieurs centaines de mètres autour des nids qu’ils connaissent.