Journée mondiale des poissons migrateurs : des espèces en déclin

Milieux aquatiques
Presse
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Saumons, anguilles, esturgeons, lamproies, aloses… Ces poissons ont deux points communs majeurs : d’abord leur spécificité d’appartenir aux 11 espèces de poissons grands migrateurs de France métropolitaine, puis celui d’être en danger.

Depuis plusieurs décennies, les populations de ces espèces subissent en effet un fort déclin continu et beaucoup d’entre elles figurent sur la liste rouge mondiale des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).

A l’occasion de la Journée mondiale des poissons migrateurs, l’Agence française pour la biodiversité alerte sur les dangers auxquels sont confrontées ces espèces et explique les actions mises en place pour les préserver.

 

Qu’est-ce qu’une espèce migratrice ?

Pour accomplir leur cycle de vie, certains poissons circulent entre le milieu marin et l’eau douce. On parle d’espèce amphihaline.

Ce grand voyage se fait toujours pour les mêmes raisons : les zones de reproduction et les milieux de croissance ne se trouvent pas dans les mêmes eaux. Il peut durer d’une journée à plusieurs années.

Des espèces en danger qu’il faut protéger

Autrefois abondantes, les populations des migrateurs sont aujourd’hui en danger. En cause, les pressions que ces populations subissent et qui entravent le déroulement de leur migration :

  • Les aménagements sur les cours d’eau, obstacles à la migration : barrages, seuils, ponts, écluses…
  • La dégradation de la qualité de l’eau et des habitats : les aires de reproduction, de repos et d’alimentation pour ces espèces sont dégradées ou détruites par les activités humaines (activités de loisirs, rejets d’eaux usées, le manque d’eau en amont liés aux obstacles….).
  •  La surpêche et le braconnage : des réseaux de braconnage et de commercialisation illicite des espèces émergent mettant, encore plus en danger les espèces concernées.

 

Reconstituer le stock de certaines espèces migratrices : zoom sur les anguilles européennes et les saumons atlantique

Classée « en danger critique d’extinction » sur la liste rouge de l’IUCN, l’anguille européenne fait l’objet d’un plan de gestion depuis 2010

Face à l’effondrement du stock d’anguilles européennes depuis les années 1980, un plan de gestion de l’anguille a été élaboré par la France en 2010 en réponse au règlement européen de 2007. Des mesures sont notamment mises en place afin de limiter l’activité de pêche aux différents stades de la vie de l’anguille. C’est une partie du travail des trois unités spécialisées migrateurs (USM) de l’AFB, qui sont chargées de planifier et d’organiser les opérations de contrôle sur leurs territoires respectifs : Loire Bretagne, Adour Garonne et Normandie Hauts-de-France. Les résultats de ce plan seront visibles en 2020, du fait de la longévité de l’espèce.

Les causes de ce déclin sont multiples :

  • altération des milieux aquatiques (perte d’habitat, obstacles à la migration, dommages crées par les turbines hydroélectriques, pollutions…),
  • exploitation et commerce de l’espèce,
  • ou encore conditions physiques de l’anguille (maladies, parasites, blessures…).

Zoom sur la population des saumons

  • Sur l’Orne en Normandie, les saumons en net retour grâce à la réduction et l’aménagement du parc d’ouvrages

Après une longue phase initiale d’implantation de plus d’une dizaine d’années, la population de saumon connaît maintenant un net accroissement : les axes de remontées sont rétablis jusqu’à plus de 100 km de la mer. Grâce à des opérations importantes de suppression d’ouvrages, des gains majeurs sont déjà acquis et d’autres attendus pour la continuité migratoire et l’augmentation des surfaces de frayères et nurseries.    

Le saumon avait en effet disparu dans l’Orne dans les années 1930 suite à l’édification de plusieurs barrages en remplacement de moulins, et à la pollution industrielle de l’estuaire. Après avoir réalisé une dizaine de passes à poissons sur l’Orne, un repeuplement « refondateur » a été effectué en 1995 avec 150 000 alevins de la souche de l’Adour.

Depuis 1980, les remontées de migrateurs sont suivies sur l’Orne à la station de contrôle de Feuguerolles-Bully, complètement réaménagée en 2009 avec un contrôle automatisé. La perspective de retour de plus d’un millier de saumons est probable à l’échéance de quelques années.

  • Evolution de l’aire de répartition du saumon atlantique en France : une population globalement en déclin

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Fin du XVIIIème siècle
Source : Guillerme et al, in prep. Pôle R&D AFB-Inra Rennes

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Actuellement
Source : Guillerme et al, in prep. Pôle R&D AFB-Inra Rennes

 

La France suit les principales recommandations de l’OCSAN (Organisation de Conservation du Saumon de l’Atlantique Nord), notamment en mettant en œuvre l’approche préventive pour la protection et la restauration de l’habitat du saumon atlantique.