Suivi de l’expansion du gobie à tâches noires et de son possible impact sur l’apron du Rhône

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Le 3 septembre 2018, l’Agence française pour la biodiversité (le Service départemental Alpes-de-Haute-Provence et le Service production et valorisation des connaissances de la Direction régionale Provence-Alpes-Côte-d’Azur) et la Fédération départementale pour la pêche et la protection du milieu aquatique, avec l’appui logistique du Parc naturel régional du Verdon et de la base nautique de l’Etoile de Moustiers Sainte-Marie, ont organisé dans les Gorges du Verdon, une opération de prélèvement ADN environnemental dans le cadre d’un suivi d’espèce menaçante pour l’apron du Rhône : le gobie à tâches noires.

L’apron du Rhône est une espèce classée en danger critique d’extinction, la population du Verdon n’échappe pas au phénomène. Des mesures sont prises pour protéger l’espèce, comme l’arrêté interpréfectoral de protection du biotope de l’Apron du Rhône (AIPB) qui vise à réguler la fréquentation touristique.

Depuis peu, une menace plus récente inquiète : la prolifération du gobie constatée cette année dans le lac de Sainte-Croix. Espèce envahissante, le gobie a déjà concurrencé fortement les espèces benthiques (qui vivent en étroite relation avec le fond des eaux) comme l’apron, là où il a été introduit (nord de la France). Dans le lac de Sainte-Croix, la population de l’apron est bloquée entre 2 retenues EDF. Elle est donc isolée génétiquement. La présence de gobies à tâches noires pourrait entraîner l’occupation de la niche écologique de l’apron et l’apport de pathogènes, ce qui mettrait en péril la population de l’apron du Verdon.

Pour vérifier la présence du gobie à tâches noires dans les gorges, il faut procéder à une opération de filtration d’eau. Le prélèvement permettra d’analyser l’ADN environnemental (ADNe) et de savoir si le gobie est présent dans le cours d’eau occupé par l’apron. Cette pratique, en train de se développer, permet d’extraire l’ADN à partir d’échantillons environnementaux, tels que l’eau, sans avoir besoin d’isoler l’organisme.

Si la présence de gobies à tâches noires est positive, de nouveaux prélèvements ADN seront faits. Des opérations de pêche électrique seront ensuite mises en place afin de connaître le nombre d’individus présents et évaluer son impact sur les populations d’apron. Afin de préserver la survie de la souche Verdon de l’apron du Rhône, un moyen d’enrayer la prolifération du gobie devra être trouvé.

À propos de l’Apron du Rhône

L’apron du Rhône est un poisson d’eau douce de la famille des percidés (la perche, la sandre…). C’est un poisson très discret, ne mesurant pas plus de 20-25 centimètres, qui vit dans le fond des rivières. Brun-jaune ou gris, marqué de trois ou quatre bandes noires, il est très difficile de l’apercevoir. Méconnu du grand public, l’apron du Rhône est pourtant en danger critique d’extinction. Exigeant un milieu de vie de qualité, sa régression importante au cours du 20e siècle est due directement aux impacts des activités anthropiques (aménagements des cours d’eau, dégradation de la qualité de l’eau…).