Sur les traces des poissons migrateurs avec le programme Interreg Samarch

Connaissances
Milieux aquatiques
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Dans le cadre du programme européen Interreg Samarch, une équipe de l’Agence française pour la biodiversité prévoit de suivre les déplacements de poissons migrateurs. Les premiers résultats du terrain valident le protocole de détection et de capture-recapture des poissons concernés.  

Un programme de recherche alliant science et gestion sur 5 ans

Dans le cadre du programme Interreg Samarch, des actions de recherche réunissent des gestionnaires et des scientifiques des deux bords de la Manche, autour de la problématique de la gestion des salmonidés (truite de mer et saumon atlantique) en zones estuariennes et côtières. Comportement dans un estuaire anthropisé, temps de parcours et de franchissement des estuaires et de la zone côtière, autant d’informations précieuses à venir en termes de continuité écologique aquatique.
Les données issues de ce programme allant de 2017 à 2021 apporteront une meilleure connaissance permettant ainsi d’orienter la gestion de ces espèces à fort intérêt écologique et patrimonial.

Le projet Samarch implique de travailler sur de nombreux cours d'eau du littoral de la Manche. Toutefois, la majeure partie de la collecte de données et des recherches se concentre sur 5 rivières « index » : Frome et Tamar dans le sud de l'Angleterre et les rivières Scorff, Oir et Bresle dans le nord et l’ouest de la France.

Plusieurs actions sont prévues et notamment les 2 modes de recueil d’information suivant :

  • le suivi des déplacements des poissons grâce à des balises acoustiques,
  • l’identification de l’origine des poissons via le recours à l’analyse génétique.

Début 2018, 5 truites de mer adultes, sur le chemin du retour en mer après la saison de reproduction, ont été marquées sur la Bresle par une équipe commune AFB - GWCT1 au moyen de balises acoustiques2 et d’enregistreurs de température et de pression (DST). 
À la différence des 4 autres cours d’eau de ce programme, le contexte est quelque peu atypique sur la Bresle, l’estuaire est en effet fermé par des installations portuaires de commerce et de petite pêche. 

Mise en place du protocole de suivi : mission réussie avec les premiers résultats !

Ces 2 validations sont importantes : la détection aux balises acoustiques et le piégeage fonctionnent. Le mouvement est lancé, l’équipe est maintenant aux aguets.

Première détection : une femelle en route vers la mer

Février 2018 : le premier poisson marqué a été détecté pendant sa migration vers la mer. Cette femelle de 56cm pour un poids de 1,6kg a mis 1h10 pour parcourir les 3 derniers kilomètres avant l’entrée du port du Tréport, mais près de 2h pour trouver et franchir la passe à poisson lui donnant accès à la mer.
Les 4 autres poissons marqués ont, depuis, tous été détectés lors de leur sortie du port.

 

Première recapture : un mâle remonte le fleuve

Ce poisson remonte sur la Bresle pour la seconde fois de son existence, poussé par l’instinct de reproduction. Il était attendu avec impatience après sa détection par le réseau de récepteurs du port.
C’est le 22 juin 2018, après 141 jours en mer, qu’il a décidé de rendre visite aux agents de l’AFB et de l’EPTB3 de la Bresle de l’Observatoire long terme (pôle AFB-Inra Gest’Aqua). Il a été recapturé par le piège de montée de l’AFB en Seine-Maritime. 

Après une opération chirurgicale pour extraire la marque DST, ce poisson a pu repartir vivant et poursuivre sa migration. Les données de cette marque permettront de connaître les zones qu’il a fréquentées en mer.

L’heure n’est cependant pas encore au repos et à la célébration pour le personnel de l’Observatoire, car un deuxième poisson marqué a été détecté sur le Tréport peu après… il était au rendez-vous dans le piège le 28 juin. L’équipe reste donc mobilisée pour réceptionner les suivants.

Pour les 3 prochaines années, l’objectif est de marquer annuellement 60 jeunes truites de mer et 60 jeunes saumons, courant mars et avril lors de la dévalaison, ainsi que 50 truites de mer adultes. De l’activité en perspective !

 

 

1 - Game and Wildlife Conservation Trust, Royaume-Uni
2 - Ces marques émettent un son régulièrement qui, lorsqu’il est enregistré par des récepteurs spécifiques, permet d’identifier et de localiser le poisson
3 - Établissement Public Territorial de Bassin

Pour en savoir plus :

> http://samarch.org/fr/