Retour sur la plénière IPBES Paris du 29 avril au 04 mai 2019

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Du 29 avril au 4 mai 2019 s'est tenue à Paris la 7ème Plénière de l'IPBES ( Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services) présidée par Robert Watson et réunissant 800 participants : Scientifiques ayant contribué à l'écriture des rapports d'évaluation, représentations des gouvernements de 104 pays (sur les 132 pays membres de l'IPBES) et de nombreux organismes observateurs (UICN, WWF, FAO, secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, IIFBES ou forum international indigène sur la biodiversité et les services écosystémiques, organismes de recherche français comme le CNRS, le CIRAD, le MNHN...).

Une évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques

Cette évaluation a été rédigée durant 3 ans par 150 scientifiques issus de toutes les grandes régions du monde et choisis en fonction de leur excellence scientifique. 

Elle est constituée : 

  • d'un résumé pour décideurs comprenant les « messages clés » (8 pages) et son argumentaire chiffré et illustré, le « contexte » (27 pages)
  • du rapport complet (les 6 chapitres) de 1750 pages.

Cette évaluation mondiale se traduit par :

  • une synthèse de la connaissance scientifique mondiale disponible sur l'état de la biodiversité, les tendances, les causes directes et indirectes, les scénarios envisageables, les futurs possibles.
  • un diagnostic partagée des Etats membres synthétisé dans le résumé pour décideurs, approprié et adopté à l'unanimité par les gouvernements des 104 pays présents à la Plénière.

Résumé des messages clés de cette évaluation

  • la biodiversité sous-tend tout ce qui contribue à la qualité de la vie humaine : nourriture, médicaments, matériaux, santé, paysages, identités culturelles, régulation du climat, des cycles de l'eau et du carbone etc...
     
  • cette biodiversité et les services qu'elle rend aux sociétés humaines se détériorent partout dans le monde et tous les indicateurs sont au rouge : destruction d'habitats, écosystèmes qui ne sont plus en mesure de remplir leurs différentes fonctions écologiques, populations d'espèces qui s'effondrent et dont une proportion grandissante (environ 1 espèce sur 8) est au bord de l'extinction (parmi les taxons les plus menacés : amphibiens, coraux, plantes dicotyledones, requins et raies...). Mêmes les variétés végétales cultivées et les races de bétail patiemment sélectionnées depuis des siècles et riches de la diversité de leurs caractères, disparaissent sous la pression de systèmes agro-industriels qui privilégient un petit nombre de variétés très productives mais pas forcément adaptées aux différents climats et aux pressions futures. Le tissu vivant de la planète devient plus fin et plus fragile, il se simplifie et s'uniformise. 
     
  • plus que jamais auparavant, les sociétés humaines soutirent de la terre des quantités croissantes de nourritures (agriculture, élevage..) et de matériaux (bois, fibres, pétrole, métaux...) et ceci pour répondre aux besoins de consommateurs parfois très éloignés du site de production. Cette production matérielle croissante se fait au détriment de toutes les autres contributions de la nature à l'homme, qu'il s'agisse des services de régulation (pollinisation, cycle de l'eau, épuration de l'eau de l'air et des sols, protection des côtes contre la houle et les tempêtes...) ou des services culturels (paysages, expérience de la nature, inspiration artistique, identités des peuples traditionnels...) ;
     
  • la grande majorité des terres, des cours d'eau et des océans ont été reconfigurés par l'homme : aménagés, cultivés, artificialisés, détruits ou stérilisés. Il ne reste presque plus d'espaces sauvages, ayant un fonctionnement complètement naturel (moins de 25 % des terres émergées, principalement des déserts...) ;
     
  • les principaux moteurs de perte de biodiversité sont connus et sont par ordre d'importance décroissante : les changements d'usage des terres (de la forêt à l'agriculture, de l'agriculture traditionnelle à l'agriculture industrielle, de l'agriculture à l'urbanisation...), l'exploitation des espèces (la pêche, l'exploitation forestière, la chasse, la cueillette...), le changement climatique (submersion des îles, réchauffement insupportable pour certaines espèces, ...), la pollution (par les pesticides, par les engrais, par les plastiques...), les espèces exotiques envahissantes et d'autres moteurs (par exemple l'acidification des océans). Ces moteurs directs ont considérablement augmenté leur pression sur la nature depuis 50 ans ;
     
  • les moteurs de perte de biodiversité indirects sont connus aussi mais il est souvent plus difficile de les relier directement aux impacts : croissance démographique, modes de production et de consommation, économie (depuis 1980, le PIB mondial a été multiplié par 7,  le commerce par 8, et l'extraction de biomasse par 2),  technologies (pesticides, médicaments, batteries..),  modèles institutionnels et de gouvernance, guerres et épidémies ;
     
  • quoique les communautés traditionnelles jouent globalement un rôle très positif dans le maintien de la biodiversité sauvage et domestique, leur rôle est insuffisamment considéré ;
     
  • parmi les 20 objectifs d'Aichi et les 17 objectifs du développement durable, seuls 4 ont des chances d'être atteints en 2030 (création d'aires protégées et politiques contre les espèces exotiques envahissantes). Aucun des scénarios envisagés jusqu'à présent ne permettra d'inverser la tendance actuelle d'érosion de la biodiversité et de disparition des services écosystémiques. Seuls des changements fondamentaux et en profondeurs remettant en cause nos mode de vie le permettraient : croissance démographique faible ou modérée, changement des modèles de production et consommation de nourriture et d'énergie, régimes alimentaires moins carnés, changement des modes de gouvernance, suppression des incitations et subventions néfastes à l'environnement et leur remplacement par des subventions bénéfiques...
     
  • le changement climatique et l'érosion de la biodiversité doivent être traités ensemble car ils s'amplifient l'un l'autre et certaines causes sont communes. Il faut notamment veiller à ce qu'atténuation et adaptation au changement climatique ne se fassent pas au détriment de la nature.

 

> Téléchargez le Compte-rendu complet de l'AFB sur la 7ème Plénière de l'IPBES - 06/05/2019

L'AFB soutient l'IPBES de différentes manières :

> En apportant un soutien financier de 225.000 € à chacune des évaluations suivantes : « évaluation globale de la biodiversité et des services écosystémiques » (terminée), « usage durable des espèces sauvages » et « l'évaluation méthodologiques des valeurs de la biodiversité » (en cours) et « espèces exotiques envahissantes » (à démarrer dans les prochaines semaines) et en accueillant dans ses locaux de Montpellier une partie de l'Unité de soutien technique de l'évaluation « usage durable des espèces sauvages ».

> En soutenant financièrement la coordination scientifique du Comité français de l'IPBES assurée par la FRB, de sorte de faciliter la participation d'experts français dans les instances de l'IPBES ou comme auteurs des évaluations produites.

> En contribuant aux travaux du comité français pour l'IPBES et notamment aux exercices de reviews (relecture critique) du rapport scientifique des évaluations et surtout du résumé pour décideurs.

> En apportant son expertise à la délégation du Gouvernement français lors des plénières.

> En contribuant à la traduction, la valorisation et la diffusion des produits de l'IPBES.