La gestion de la sécheresse en 7 questions – réponses !

Connaissances
Sensibilisation
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La vigilance est de rigueur cet été 2019. Après des pluies hivernales peu importantes et des températures printanières élevées, les conditions sont réunies pour que la France Métropolitaine soit touchée par la sécheresse.

Comment survient ce phénomène ? Comment est-il géré ? Quel est le rôle de l’AFB ? Tout comprendre en 7 questions/réponses.

Qu’est-ce que la sécheresse ?

La sécheresse résulte souvent de la combinaison d’un manque de pluie, de températures élevées et d'une trop grande consommation. Elle survient lorsque la quantité de pluie des saisons passées est déficitaire et que les prélèvements en eau dépassent la quantité d’eau disponible. Le manque de pluie l’hiver ou au printemps empêche le bon remplissage des nappes d’eau souterraine qui s’effectue d’habitude à cette période de l’année.
Les températures élevées ont pour conséquence une évaporation plus importante de l’eau disponible et un assèchement des sols.

Quelles conséquences sur les écosystèmes aquatiques ?

Le déficit en eau entraîne davantage de dysfonctionnements dans les petits et moyens cours d’eau en tête de bassin versant que dans les grands cours d’eau de plaine, en raison de leur dépendance plus marquée aux conditions hydro-climatiques du fait de leur petite taille. Les impacts sont spécifiques à chaque contexte, mais les principales conséquences sur les habitats et le fonctionnement des milieux aquatiques sont :

  • l’élévation de la température. La réduction de la vitesse de courant et de l'épaisseur de la lame d'eau rend les cours d'eau plus sensibles à l’ensoleillement. L’élévation de la température peut alors modifier directement la physiologie de certains organismes pouvant aboutir à leur mort en cas de stress thermique très important, et modifier les équilibres biologiques (phénomènes d’eutrophisation, développement de cyanobactéries, augmentation de la virulence de certains agents pathogènes...) ;
  • la fragmentation des cours d’eau (ou la rupture de la continuité écologique). Le manque d'eau, par la baisse des niveaux d’eau qu’il induit, peut rendre certains obstacles, naturels ou non, infranchissables ou supprimer des connexions, et de ce fait limiter les déplacements des organismes mobiles comme les poissons et ainsi bloquer leur cycle de vie (exemple des poissons migrateurs) à des périodes critiques ;
  • la modification de la qualité physico-chimique de l’eau. Une baisse importante des débits peut, en limitant la dilution et l’évacuation des polluants, augmenter leur concentration dans certaines portions de cours d’eau ;
  • la modification de la végétation aquatique. La faiblesse des débits et l’augmentation de la température peut faciliter le développement massif de la végétation aquatique dans le lit des cours d’eau. En revanche, en cas de situation extrême (assèchement complet des linéaires), cette végétation peut disparaître totalement ;
  • l’assèchement des linéaires (ou assec). En cas de déficit extrême, les milieux aquatiques s’assèchent, entraînant la mort des organismes peu mobiles, comme le sont par exemple les jeunes alevins de poissons ou certains batraciens.

Mortalité d’écrevisses à pieds blancs (espèce protégée) dans le bassin versant de la Grande Sauldre dans le Cher, le 16/07/2019. Crédit photo : Benoit Vales / AFB

Mortalité d’écrevisses à pieds blancs (espèce protégée) dans le bassin versant de la Grande Sauldre dans le Cher, le 16/07/2019. Crédit photo : Benoit Vales / AFB

Phénomènes d’eutrophisation sur la Loire dans le secteur de Guilly dans le Loiret, début juillet. Crédit photo : Bertrand Deshayes

Phénomènes d’eutrophisation sur la Loire dans le secteur de Guilly dans le Loiret, début juillet. Crédit photo : Bertrand Deshayes

Développement de cyanobactéries sur le plan d'eau de Mézières-Ecluzelles dans l’Eure-et-Loir, le 23/07/2019. Crédit photo : Laurent Jusserand / AFB

Développement de cyanobactéries sur le plan d'eau de Mézières-Ecluzelles dans l’Eure-et-Loir, le 23/07/2019. Crédit photo : Laurent Jusserand / AFB

Quel est le contexte cette année ? 

Depuis le mois de juillet 2017, la France a connu une succession d’années sèches où les précipitations restent faibles. Entre septembre 2018 et mars 2019, la pluviométrie a été déficitaire en moyenne de 20 % sur l’ensemble de la Métropole. Bien que la recharge hivernale ait été plutôt moyenne cette année, la précocité des températures estivales et la canicule du 25 au 30 juin a augmenté la demande en eau dans certains secteurs, ce qui aggrave la sécheresse.

  • Même s’il se mettait à pleuvoir, cela resterait insuffisant pour recharger les nappes d’eau souterraine. En effet, au-delà du mois d’avril, l’eau de pluie ne s’infiltre plus et est essentiellement renvoyée vers l’atmosphère par évapotranspiration (les plantes en transpirant évacuent sous forme de vapeur l’eau qu’elles ont puisée dans le sol).  
  • Cette année, la quantité d’eau disponible à la mi-juillet se trouve dans une situation d’entre deux si on la compare à l’année 2017 (faible recharge hivernale) et 2018 (recharge hivernale satisfaisante). Les fortes températures passées et à venir - un nouvel épisode de canicule est prévu la semaine du 22 juillet - devraient aggraver l’état des ressources en eau en France Métropolitaine. L’année 2019 pourrait bien être l’année la plus sèche de la décennie.

À mi-juillet 2019

  • La situation est particulièrement critique en région Centre-Val de Loire où plusieurs dizaines de kms de cours d’eau sont en assec, et où des mortalités piscicoles (ex. sur le petit Cher à Tours) et d’espèces protégées (écrevisses à pattes blanches dans le bassin versant Grande Sauldre dans le Cher) ont été observées. Des phénomènes d’eutrophisation importante sont inédits sur les grands axes fluviaux de la région. De nombreuses alertes ont déjà été lancées sur le développement de cyanobactérie (Loir-et-Cher, Indre-et-Loire et Loiret).
  • En Grand-Est, certains niveaux d’eau n’avaient encore jamais été atteints à cette période de l’année (exemples des cours d’eau fortement liés à la nappe de la Craie du département de la Marne et des cours d’eau phréatiques de la plaine d’Alsace).

Comment mesure-t-on la sécheresse ? 

Tout au long de l’année, les facteurs qui impactent l’état de la ressource en eau - la pluviométrie, la quantité d’eau dans les rivières, le niveau des nappes souterraines, le taux d’humidité des sols, les niveaux des réserves, les étiages des cours d’eau - sont mesurés par les services de l’état. Une synthèse mensuelle en est réalisée dans un bulletin de situation hydrologique (BSH). 

Les agents de l’Agence française pour la biodiversité contribuent à ce dispositif de suivi. Tous les mois de mai à septembre, ils vont observer les écoulements des petits cours d’eau dans le cadre du dispositif Onde. Ces observations peuvent être complétées par des campagnes mises en œuvre par leur propre initiative ou à la demande des services d’État.

Trois critères permettent de décrire la situation : 

Protocole ONDE / Agence française pour la biodiversité
Protocole ONDE / Agence française pour la biodiversité

Quand la situation demande une certaine vigilance, les préfets de départements convoquent des comités sécheresse pour analyser l’état des ressources en eau et prendre des décisions de restrictions d’usages (arrêtés préfectoraux)

Les données Onde, ainsi que certains faits marquants concernant les impacts du manque d'eau sur les milieux aquatiques et la biodiversité alimentent le BSH et peuvent être présentés par les agents de l’AFB lors de ces comités.

Comment devenir acteur pour mieux suivre la sécheresse ?

Chaque citoyen peut agir pour améliorer la connaissance des écoulements de nos rivières via le programme de sciences participatives En quête d’eau, porté par l’AFB.

Pour aller plus loin :

> Plaquette du protocole Onde [PDF] 
> Site de l’observatoire national des étiages
Synthèse EauFrance 2017 - Les écoulements des cours d’eau en période estivale

Que se passe-t-il quand les seuils sont atteints ?

Pour garantir une juste répartition de l’eau entre les différents usages (eau potable, agricole, industriel, énergétique…) tout en maintenant des conditions de vie satisfaisantes pour la faune et la flore, des seuils à ne pas franchir (hauteur d’eau minimum) dans les cours d’eau et les nappes d’eau souterraine sont déterminés, dans les arrêtés cadres (inter)départementaux.

Dès que les seuils sont atteints, les préfets de départements peuvent enclencher des mesures de restrictions, limitées dans le temps et sur un périmètre précis. 

Ces mesures sont progressives : elles vont de la limitation des prélèvements d'eau à l'interdiction complète selon les contextes locaux.

  • Vigilance : Information et incitation aux économies d'eau
  • Alerte : Réduction des prélèvements à des fins agricoles inférieure à 50% (ou interdiction jusqu'à 3 jours par semaine), mesures d'interdiction de manœuvre de vanne, d'activité nautique, interdiction à certaines heures d'arroser les jardins, espaces verts, golfs, de laver sa voiture, ...
  • Alerte renforcée : Réduction des prélèvements à des fins agricoles supérieure ou égale à 50% (ou interdiction supérieure ou égale à 3,5 jours par semaine), limitation plus forte des prélèvements pour l'arrosage des jardins, espaces verts, golfs, lavage des voitures, ..., jusqu'à l'interdiction de certains prélèvements 
  • Crise : Arrêt des prélèvements non prioritaires y compris des prélèvements à des fins agricoles. Seuls les prélèvements permettant d'assurer l'exercice des usages prioritaires sont autorisés (santé, sécurité civile, eau potable, salubrité)

Source : Propluvia

Quelles solutions à plus long terme ?

Dans les territoires en état de sécheresse récurrent, des études sont mises en œuvre pour quantifier les volumes prélevables (par rapport à la ressource en eau disponible) pour limiter les périodes de restrictions à des sécheresses exceptionnelles. Ces études servent de point de départ pour une concertation avec tous les acteurs concernés afin d’élaborer un programme d’actions permettant le retour à l’équilibre quantitatif du bassin, c’est-à-dire l’équilibre entre les prélèvements et la ressource en eau disponible.

Ces programmes doivent s’appuyer en premier lieu sur des actions d’économie d’eau dans tous les secteurs. Si ce n’est pas suffisant, des actions de transfert d'eau à partir de  prélèvements dans des ressources non déficitaires ou des actions de stockage à partir de  prélèvements en dehors de la période de basses eaux, peuvent être envisagées, si  elles sont  financièrement  pertinentes  et  efficientes dans la durée sous changement climatique.

En effet, en France, les retenues d’eau, infrastructures permettant de stocker de l’eau,  se sont multipliées à la fin du 20ième siècle pour faire face à la variabilité de la ressource en eau. Cependant, plusieurs études ont depuis montré que cette solution n’est pas optimale pour gérer les problèmes de déficit en eau : perte d’eau pour le cours d’eau en aval surtout pendant les années sèches, blocage du transit des sédiments, hausse de la température de l’eau, capacité de remplissage en baisse due à cette multiplication et au changement climatique… L’impact cumulé de ces retenues influence négativement les usages de l’eau et les écosystèmes aquatiques à l’aval souvent jusqu’aux estuaires et aux zones côtières. Par ailleurs, elles induisent une dépendance accrue de certaines activités économiques aux infrastructures d’approvisionnement en eau, ce qui renforce leur vulnérabilité en cas de pénurie d’eau récurrente.

Les solutions préconisées pour avoir un territoire plus résilient face aux épisodes de sécheresse visent plutôt à retenir l’eau dans les sols, à lutter contre le gaspillage d’eau et à adapter les usages et notamment les pratiques agricoles aux ressources en eau disponibles pour limiter la dépendance à l’eau.

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Quel est le rôle de la police de l’eau ? 

Dans chaque département sous l’autorité du préfet, la mission interservices de l’eau et de la nature, dont fait partie l’Agence française pour la biodiversité, pilote les stratégies de contrôle à mettre en œuvre sur leur périmètre.  

Sensibilisation à la réglementation, contrôle des prélèvements et du maintien d’un niveau minimum dans les cours d’eau… les  inspecteurs de l’environnement répartis sur tout le territoire veillent au quotidien au respect des mesures de restrictions. Ils sont ainsi habilités à constater les infractions et à évaluer les dommages subis. 


Pour aller plus loin, découvrez le film réalisé
par l'Agence française pour la biodiversité sur le contrôle des bons usages de l'eau :